Page 27 - furie-des-mondes
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hommes, ceux qui sont arrivés au stade final, celui de
l'attente.
Le Messager, depuis le début de l'ère du Poisson, vécut
alors dans les corps de différents hommes choisis pour leur
disponibilité.
Il ne fallait pas que le réceptacle soit une gêne, les êtres
élus devaient être libres de tout conditionnement. Libres en
pensée, ils devaient avoir échappé à tous les carcans
intellectuels dont les privilégiés de la culture emprisonnent
leur âme.
Vivant au milieu des hommes éduqués, ils étaient victimes
de leurs doctrines et leur semblant de savoir, la liberté était
parfois difficile à assumer pour ces êtres qui se sentaient
étrangers, étrangement disponibles, mais ne savaient pas
encore pour qui ni pour quoi.
On les aura rarement trouvé parmi les grands de ce monde.
Ni rois, ni marchands, ni savants, ils vivaient plus souvent
parmi les humbles : bergers, artisans, conteurs, ils
travaillaient souvent de leurs mains à l'abri de l'instinct de
domination et de l'appétit de l'or.
Ces hommes devaient être assagis, ils devaient avoir
expérimenté le plus grand champ possible de l'expérience
humaine.
Ils étaient protégés depuis leur naissance et choisis en
nombre suffisant pour que le Messager puisse s'installer
dans le corps de celui qu'il préférait. Aussi ceux-ci étaient
naturellement disponibles dans chaque endroit où il pouvait
aller, marqués de son signe, la flèche, le javelot, le runa.
Ainsi, présent continuellement de corps en corps, le
Messager observa longuement pour la première fois tous
les êtres humains.
Il essaya d'intervenir par le biais de la Connaissance
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