Sommaire

Cycle de l´homme

-   La conscience de l´hominien

-   Il y a 30.000 ans ....

-   La découverte de la pierre

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-   Les premiers Pharaons

-   Les Mythes

-   Osiris, Mythe ou Espérance ?

-   Création de l´Univers

-   Création et finalité du Cosmos

-   Habitat de l´Univers

Réflexions

-   Le Temps

-   L´homme dépend d´un temps bien précis

-   Entretien avec un journaliste

-   Aller plus loin

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Documents

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-   Les Tablettes d´Ebla



Les Tablettes d'Ebla
Splendeur d'un Empire inconnu

Paru dans "National Géographie" de décembre 1978
Magazine canadien
par Howard Lafay

Dans le bref printemps de Syrie, par une saison aux journées claires et chaudes mais aux nuits fraîches, on s'aventure vers le nord-ouest. On semblait remonter le passé. Des douzaines de TELLS, monticules que recouvrent les ruines d'anciens gisements urbains, s'érigent à travers une plaine balayée par les vents. Du haut de l'un d'eux, le Tell Mardickh, je contemple les bergers guidant leurs troupeaux à travers les pâturages vert émeraude, ainsi qu'ils le font depuis des temps immémoriaux. Des paysans récoltent les premiers légumes : radis, laitues, poireaux pour les emporter au marché. Si aujourd'hui ils vont à Alep situé à 60 kms au nord, jadis c'était vers la grande capitale qui lentement émerge de Tell Mardickh où je me trouve.

Durant quinze années difficiles, œuvrant dans la poussière, le Docteur Paolo Matthiae de l'université romaine, directeur de la mission archéologique italienne en Syrie, a fouillé ce monticule. D'abord, il a trouvé une porte magnifique adhérant à un mur massif. Continuant ses fouilles, une année après l'autre, il mit à jour des habitations, des réservoirs, des temples.
Il était désormais clair qu'il se trouvait à l'emplacement d'un site important. Mais lequel ?
Une inscription trouvée en 1968 identifia ce site à EBLA, obscure cité mentionnée ci et là dans quelques documents des second et troisième millénaires avant Jésus-Christ.
Il mit la main sur des archives du 3ème millénaire, les plus importantes jamais encore découvertes, plus de 15.000 tablettes aux caractères cunéiformes. Des fragments de comptes rendus commerciaux, des traités, des chroniques chuchotèrent soudain à travers la brume d'une syntaxe ancienne et ambiguë, que l'on se trouvait devant un important empire sémite inconnu, dont Ebla était la capitale. Elle devait jadis dominer une grande partie du Moyen-Orient.
Jusque là, les archéologues avaient considéré la Syrie à peine un peu plus qu'un état tampon entre la brillante civilisation égyptienne et la Mésopotamie. Cette découverte les stupéfia.
Cette découverte dit le Docteur Ignace J.Gelb, de l'université des langues orientales de Chicago, révèle une nouvelle culture, une langue nouvelle. Cela renouvelle l'histoire ancienne. Ebla fut la capitale d'un royaume puissant, traitant à égalité avec les plus grandes puissances de son temps.
Quelle peut-être l'importance des tablettes trouvées, demande le Docteur Giovanni pettinato, ancien épigraphe de la mission italienne ?
Souvenez vous, me dit-il, que l'ensemble des textes de cette période découverts à ce jour ne totalise pas le quart de ceux découverts à Ebla !

Les Tablettes révèlent de riches détails :

Les caractères intriqués qui sont incisés dans les tablettes d'argile attestent lœuvre de graveurs de renom présentant une métallurgie, des textiles, des céramiques et du travail sur bois de grande qualité. L'une des industries était le tissu de pourpre et d'or lequel apparemment ne diffère pas beaucoup des brocards manufacturés aujourd'hui encore dans la Syrie moderne.
Les Rois d'Ebla signèrent des traités avec Assur, la ville située sur le tigre et Khamazi qui se trouvait plus loin vers l'est. Des quatre coins du pays affluaient dans les coffres royaux, les tributs.
En plus de l'indubitable magnificence de cet empire, les textes portent témoignages de l'étonnante densité de population de l'ancien monde. Plus de 5.000 noms géographiques sont donnés par les tablettes. Le docteur Pettinato reprend : " nous rencontrons une foule de petits états jusque dans le proche voisinage d'Ebla. Le nombre considérable de cités et villages représente une figure totalement nouvelle de l'urbanisation de la Syrie et de la Palestine au troisième millénaire. "
Le nom des villes telles que BEYROUTH et BYBLOS ne figurent pas sur ces tablettes et cela laisse penser que ces villes furent fondées ultérieurement. Mais DAMAS et GAZA sont mentionnées aussi bien que le nom de deux cités bibliques de la plaine telles SODOME et GOMORRHE. Il y a également IRAM, cité assez obscure qui est référée dans la surate 89 du Coran.
Ce qui intrigue le plus, ce sont les noms personnels que l'on a trouvés sur ces tablettes. On y trouve les noms suivants: AB-RA-MU, Abraham, E-SA-UM, Esau et SA-U-LUM, Saul.
Il existe aussi un nom qui n'avait jamais encore été trouvé dans la littérature ancienne, sauf dans l'ancien Testament : DA-U-DUD, David.
Ensuite vient le nom du Roi Ebrium, lequel régna aux environs de 2.300 avant Jésus-Christ et qui présente une étrange ressemblance avec l'EBER de la Génèse. Il fut l'arrière-arrière petit fils de NOE, et l'arrière-arrière-arrière-arrière grand père d'Abraham, l'ancêtre biblique des Hébreux.

Trois grandes religions, le Judaïsme, le Christianisme, et l'Islam font remonter à Abraham l'histoire de leurs origines.
Le livre de la Génèse nous le situe comme étant né à UR en Chaldée, soit en Mésopotamie du sud. Les savants ont toujours pris cette origine pour valable.
La plupart pense que vers 1.800 avant Jésus-Christ, Abraham et sa suite, sous le croissant fertile, ont émigré vers le nord de UR à travers la Syrie jusqu'en Palestine. Or voici que les érudits de l'histoire biblique sont actuellement perplexes devant une découverte qui les mystifient !
La capitale syrienne que l'on vient de découvrir se situe 500 ans avant la date généralement admise jusqu'ici pour l'existence d'Abraham, une capitale riche en noms bibliques !
Curieusement, les tablettes d'Ebla mentionnent une ville syrienne du voisinage du nom de UR, tandis que le Deuteronome cite Jacob, petit fils d'Abraham, comme étant syrien. Mieux encore, les savants musulmans ont longtemps soutenu que le séjour légendaire d'Abraham eut lieu aux environs de 2.300 avant Jésus-Christ !
Etant à Rome, j'ai rendu visite au R.P Mitchel Dahood, Directeur de l'institut des langues orientales à la bibliothèque pontificale, une autorité en ce qui concerne les langues de l'ancien Moyen-Orient. Il m'apprit que la découverte d'Ebla apportait aux études bibliques un bouleversement "catastrophique" !
Considérez, me dit-il, ce simple fait : dans les premiers passages de l'ancien Testament, Dieu est nommé EL. Ensuite, dans l'exode 3, 14, il est dit que dieu révéla son vrai nom à Moïse: Yaveh, qui devint Yéhovah en anglais. Mais les tablettes d'Ebla démontrent que mille ans plus tôt et ceci apporte la consternation parmi les érudits, IL et YA, deux formes équivalentes de El et YAVEH existaient déjà dans les noms propres en pays sémite du nord-ouest.
Par exemple, nous trouvons : MI-KA-IL, ce qui signifie Mi-Ka-El, le divin, comme Dieu et équivalent du Michel moderne. Un autre nom encore : MI-KA-YA qui veut dire : comme Dieu.
Selon le R.P Dahood, la langue et la culture d'Ebla ne sont pas mortes avec la cité, elles survécurent dans certains centres canaanites tels que UGARIT, port de méditerranée qui était florissant au 14ème siècle avant Jésus Christ. Cet héritage passa au peuple palestinien, dont les Hébreux.
Pour l'archéologue, le Docteur Matthiae, la valeur capitale des archives d'Ebla c'est qu'elles font découvrir un grand état du troisième millénaire avant Jésus-Christ, aussi bien dans les structures de son administration que de son économie, son organisation sociale et religieuse. Dans un sens plus large, nous nous trouvons devant un monde totalement nouveau et inconnu, une culture sémite du nord-ouest qui fut la base de la civilisation ultérieure de ses brillants successeurs syriens. Enfin, l'existence de cet Empire fausse définitivement notre perception de l'histoire ancienne.
A mon avis, continua le docteur Matthiae, les affirmations des souvenirs bibliques ne sont pas basées sur une évidente réalité. Le nom divin de Yaveh n'apparaît pas du tout dans les textes d'Ebla. D'autre part, le haut développement urbain de la civilisation du 3ème millénaire à Ebla ne peut le moins du monde se comparer à la culture nomade des patriarches.
Au printemps de l'an dernier, j'ai visité Ebla pour la première fois. Le tell s'élève majestueusement au dessus de la plaine, et lorsque l'on se tourne vers l'est, sur le chemin montant vers Alep et Homs, il semble dominer l'horizon.
Les peuples de l'ancien Moyen-Orient élevaient leurs cités en des sites stratégiques où l'eau était abondante. Le résultat de ces choix est qu'après chaque pillage, chaque destruction, (et les petites cités faibles devaient connaître cela au moins une fois par génération), la population avait tendance à reconstruire sur les ruines. Les fouilles d'un tell ressemblent au découpage d'une galette : chaque tranche avec le lit de ses vestiges enfermait l'histoire d'une catastrophe.

Le feu préserve l'histoire :

Le docteur Matthiae a baptisé le centre du monticule le tell Mardikh, là où se situent le palais et les temples, l'Acropole. Les tranchées de 15 ans de recherches ont dégagé le sommet et ses flancs. M'étant posté au dessus d'un puits profond, je plongeai mon regard dans les archives du palais. Les alvéoles qui avaient soutenu les planches de bois ayant supporté l'incroyable collection des tablettes d'argile étaient encore visibles dans les murs de plâtre. Les planches avaient brûlé vers 2.250 avant J.C. et s'étaient effondrées. Mais, ironie du sort, les flammes destructrices avaient cuit l'argile, préservant ainsi les textes pour la postérité.
Avec notre conception actuelle, il nous est difficile d'imaginer les scènes d'horreur d'une ville assiégée à l'époque, ni les conséquences effroyables de sa défaite. Le roi assyrien Ashurnasirpal II décrit ainsi une des ses victoires.
" Je leur ai coupé la tête, d'autres, je les ai brûlés, et ayant entassé des hommes vivants et des têtes coupées devant une porte de la cité, je m'assis dessus. J'en ai fait empaler sur les pieux. J'ai détruit leur cité, j'en ai fait des monceaux de ruines. Ceux qui étaient jeunes, filles et garçons, je les ai brûlés..."
Je descendis dans la spacieuse salle d'audience par un escalier monumental dont chaque marche avait été autrefois incrustée d'écailles. L'estrade où jadis le roi tenait sa cour était encore là, et dans les crevasses du plancher, des coquelicots inclinaient leurs têtes pourpres. Un vers d'Omar Kayama me vint à l'esprit :
" Il m'arrive de penser que jamais ne rougit autant la rose
Que là oú saigne
Quelque César enterré..."
Errant à travers les appartements, je pensais à une singulière mais sympathique obligation royale au Moyen-Orient : le Monarque était censé défendre la veuve, l'orphelin et les pauvres contre toute injustice et toute exploitation. Selon les documents déterrés à Ugarit, il en coûtait le trône au roi s'il venait à manquer à son devoir.
Sur le versant opposé de l'Acropole, les fouilles révélaient les habitations de 11.700 fonctionnaires au service du palais. D'après les plus anciens documents, Ebla était une capitale importante. Environ 3.000 personnes vivaient dans ses murs. Si l'on ajoute ce nombre à celui de la population comprenant les faubourgs et les agglomérations satellites, on pouvait alors atteindre le chiffre d'un quart de million.
Mais aux environs de l'an 2.000 avant J.C., Ebla fut à nouveau détruite.
" Nous le savons dit le Docteur Matthiae, en raison de l'épais dépôt de cendres trouvé partout à ce niveau. Qu'était-il arrivé ?
Eh bien UR tomba aux mains des Elamites et des nomades Amorites vers 2.000 avant J.C. Plusieurs textes confirment la présence d'Amorites à travers le nord de la Syrie. Sans aucun doute, ils se ruèrent également sur Ebla et la balayèrent. Cette fois, ce fut la destruction et l'écroulement de la culture de la Syrie primitive. Par la suite, nous trouvons une nouvelle population avec une nouvelle culture. Ebla connut à nouveau un bref épanouissement, mais vers 1.800 commença le déclin, et dans les 2 siècles qui suivirent, elle finit par disparaître de l'histoire."
Le docteur Pettinato cependant n'est pas d'accord avec cette chronologie. Pour un certain nombre de raisons, il a le sentiment que les tablettes des archives royales datent au minimum de 2.500 ans avant J.C., ce qui rendrait la cité beaucoup plus ancienne encore. Et pour approfondir sa réflexion, il ajouta : " Ces tablettes primitives indiquent une aisance d'expression, une élégance de la forme qui prouvent une parfaite maîtrise du système cunéiforme. On peut donc en conclure que l'écriture existait à Ebla bien avant l'an 2.500 avant J.C."

L'écriture est née du commerce :

Le travail du Docteur pettinato sur les tablettes se situe au niveau de la recherche philologique. Pour apprécier l'accomplissement de cet effort, on doit avoir quelques notions sur le développement du langage écrit en Mésopotamie, cette terre entre deux fleuves où l'écriture prit son essor il y a quelques 5.000 ans.
A l'origine, l'écriture fut crée pour les besoins de l'économie : elle existait simplement pour mémoire de transactions. Quant un commerçant transportait dix têtes de bétail, il envoyait une simple note de vente écrite sur l'argile. Un symbole pictographique représentait le troupeau, plus un signe représentant le nombre dix. L'acheteur lui répondait par un symbole identique. C'est ainsi que les hommes d'affaire tenaient leurs registres.
Un peu plus tard, alors que je prenais le café chez le Docteur Matthiae au village de tell mardick installé près du site, celui-ci me dit : " Nous savons que les murs du palais atteignaient 15 mètres de haut, ce qui est très imposant. Mais nous ne pourrons jamais nous faire une idée de son allure majestueuse, car l'érosion a certainement détruit la partie haute. "
Le docteur Matthiae fait un essai de reconstruction de l'histoire d'Ebla, mais elle sera bien sûr modifiée dans ses détails par les découvertes futures. Il pense qu'après une intense période de formation, Ebla devint aux environs de 2.400 avant J.C. une cité en plein essor qui connu la prospérité et la puissance sous le règne de cinq monarques successifs. Leur puissance était telle qu'ils furent de toute évidence en lutte avec Sargon d'Akkad, fondateur du premier empire dominant la vallée de l'Euphrate.
" Contrôler l'Euphrate, remarqua le Dr Matthiae, signifiait contrôler stratégiquement le trafic des métaux en provenance d'Anatolie et du bois arrivant des forêts syriennes proches de la Méditerranée. Les deux ressources étaient essentielles à la vie de la Mésopotamie. "

Les Akkadiens se montrent des adversaires acharnés :

La lutte prit fin apparemment lorsque Sargon défia les Eblaïtes aux environs de 2.300 avant J.C. Les considérations économiques étaient nettement engagées dans la lutte ainsi qu'il ressort des inscriptions portées sur la plaque commémorant la victoire de Sargon :
" Il vénérait le Dieu Dagan qui lui donnait dès à présent la partie haute du pays avec MARI, YARMUTI, et EBLA, jusqu'à la forêt de cèdres et la montagne d'argent. "
Le Dr Matthiae poursuivit : " Il est probable que cette vague formule indique une victoire avec exactions plutôt qu'une réelle conquête d'Ebla, car moins d'un siècle plus tard, lorsque le petit fils de Sargon, Naram-Sin captura Ebla et l'incendia avec ses précieuses archives, il proclama la nature épique de son fait d'armes. Sur le monument à sa propre gloire, il fit inscrire :
" Naram-Sin le fort, le conquérant d'Ebla, jamais auparavant soumise. "
Mais Ebla ressuscita de ses ruines le dernier siècle du tri-millénaire. On trouve des références sur la présence d'Eblaïtes dans des cités très étendues. Des actes royaux d'UR en Chaldée par exemple, mentionnent deux Eblaïtes par leur noms : Ili-Dagan et Gura. Et Surim, le messager, l'homme d'Ebla présenta même des offrandes au dieu local.
Un peuple mystérieux, les Sumériens, firent soudain leur apparition en Mésopotamie au 4ème millénaire. Ils fondèrent les premières cités et ils développèrent aussi un système pictographique d'écriture assez élaboré qui comprenait deux mille signes.
Quand un génie inconnu réalisa que les signes pouvaient aussi représenter les sons, l'écriture telle que nous la connaissons aujourd'hui était née.
Les Sumériens et leur savoir écrit dominèrent pendant mille ans au moins le Croissant Fertile. Et durant presque tout ce temps, ils eurent à combattre le incursions de Sémites barbares. Leur défense cessa finalement, au 24ème siècle avant J.C.
Le grand Sargon, un smite de l'ouest construisit son empire akkadien sur Sumer conquise. Lui-même, et virtuellement tous les rois qui régnèrent après lui sur la terre entre les deux fleuves, retinrent le sumérien comme idiome en religion et en littérature. Ils allèrent jusquà adopter le système d'écriture sumérien pour exprimer leurs langages variés.
Les études faites à ce jour sur les tablettes d'Ebla donnent en majorité des mots sumériens. Pour le reste, écrit en langage d'Ebla, il fut initialement indéchiffrable. Le Dr Pettinato trouva même la portion sumérienne difficile à lire depuis que les scribes Eblaïtes étaient devenus bilingues. Ceux-ci allaient avec la plus grande aisance d'un langage à l'autre, les mots sumériens alternant avec ceux d'une langue inconnue.

Les difficultés de la langue Eblaïte :

Le Dr Pettinato se mit à la tâche pour identifier cette langue inconnue. Ce n'était pas une mince entreprise, car les signes cunéiformes peuvent avoir plusieurs significations. En réalité, le signe qui à l'origine dépeint le soleil levant vint à représenter environ quarante mots et une douzaine de syllabes séparées. Finalement, ce fut le bilinguisme des scribes qui lui donnèrent la clé du déchiffrement. Une partie des textes porte la mention "dub-gar" à la fin, ce qui signifie en sumérien : la tablette est écrite. Sur d'autres tablettes, il remarqua que les caractères sumériens terminaux étaient "gal" et "balag", dont la juxtaposition ne signifiait rien. Mais les signes pouvaient être lus " Ik et Tub ".
Par bonheur, le Dr Pettinato avait étudié les langues Canaanites avant de se spécialiser en sumérologie.
Ainsi put-il reconnaître en " ik et tub " une forme du sémite de l'ouest : le mot signifiant écrire exprimant de toute évidence la même idée que " dug-bar ".
Avec cette indication, il continua à identifier le langage d'Ebla comme une nouvelle langue du Nord-ouest sémite précurseur de tous les dialectes canaanites dans lesquels sont inclus l'ugarite, le phénicien et l'hébreux.
Une fois déchiffrées, les tablettes transmirent un regard vivant sur le passé. Ainsi, on apprit qu'Ebla avait une académie pour les scribes, la plus ancienne qui soit connue hors Sumer. Parmi les livres de sciences, on trouva le premier dictionnaire bilingue connu avec une liste de 3.000 mots sumériens ayant leur équivalent en langue éblaïte. Ensuite, il y a les tablettes des étudiants, quelques unes sont abandonnées incomplètes, d'autres portent des ratures ou des signes de liaison ajoutés par le professeur qui désapprouve l'erreur.
C'est avec un plaisir évident que le Docteur Pettinato me fait part de l'existence d'un éblaïte nommé AZI, dont il a pu suivre la longue carrière tout au long des archives royales. Nous le rencontrons d'abord en ce qui pourrait être un texte d'examen, un de ces documents préparés par le jeune Azi pour obtenir le titre de " dub-sar ", scribe.
L'étudiant compléta son texte par ses mots :


A-zi Azi
dub-musar a écrit la tablette
ip-tu-i-sar Iptur-Isar
dub-zu-zu étant le maître
ab-ba le plus âgé
tam-ta-il tamta-il
um-mi-a le directeur
A-zi Azi

Eh bien, continua le Docteur Pettinato, Azi a réussi son examen semble-t-il, puisque nous le rencontrons plus tard avec le titre de " dub-zu-zu ", ce qui signifie en sumérien : celui qui connaît les tablettes. En fin de carrière, il apparaît au sommet de l'administration d'Ebla.
Sur la liste notant les professions, on a trouvé celle de scribe en tête. Non seulement la réelle compétence des scribes aidait le roi - habituellement illéttré - à faire connaître sa volonté à travers ses possessions, mais aussi le style courant sur les tablettes humides fixait les accords qui organisaient le commerce.
Le scribe écrivait les traités qui liaient deux états ensemble et décrivait les guerres qui les avaient opposées l'un à l'autre.
Non moins importants étaient les écrits des liturgies et invocations religieuses aux déités qui se tenaient entre les hommes et les menaces du destin.
L'ancien monde connaissait bien l'incommensurable puissance des mots. Aux environs de 2.080 avant J.C., un Pharaon âgé donna ce conseil à son fils, Heryôrare, qui devait lui succéder :
" dans ton langage, soit un ciseleur ainsi, tu seras puissant. La langue est une épée... et la parole est plus puissante que n'importe quelle bataille. "

Les archives relient Ebla à Mari :

Les archives royales ont révélé une surprenante information ayant trait à Mari, ville du centre Euphate. Des fouilles commencées en cet endroit par des français en 1933 ont mis à jour une étonnante capitale qui connu des périodes brillantes au troisième millénaire, puis au début du second. On peut mesurer quelle était la magnificence de Mari lorsqu'on sait que son palais royal possédait trois cent chambres et salles.
A Ebla, le nom de Mari était mentionné au moins cinq cent fois. Non seulement un commerce prospère reliait les deux villes, mais Ebla fit en réalité la conquête de Mari, et ses rois montèrent sur son trône.
Les éblaïtes avaient coutume de donner un nom différent à chaque année de leur calendrier très complexe. Souvent ils commémoraient quelques grands événements de l'année. Une de ces années que le docteur Pettinato situe approximativement à 2.480 avant J.C. est dite : " dis mu til Mari ki ", année de la défaite de Mari. Apparemment, ce fut à cette date que Mari devint sujette d'Ebla. Mais le Roi de Mari, Iblul II, non seulement refusa de payer tribut, mais il semble qu'il saisit une colonie éblaïte par dessus le marché ! Ebla dépêcha un général, Enna Dagan, ainsi qu'une armée pour ramener à la raison le récalcitrant Iblul II.
Enna Dagan nous a laissé ce qu'il conviendrait d'appeler le premier communiqué militaire du monde. Il marcha vers Mari, dit le communiqué, et chaque village rebelle qu'il traversait sentait passer sa fureur. Il écrivait à son roi :
" J'ai assiégé puis conquis les villes d'Aburu et Ilgi... et des piles de corps étaient amassés sur tout leur territoire..."
Tout au long de sa route, Enna Dagan triomphait, et curieusement, cette route aujourd'hui est encore la même qui mène du nord-ouest de la Syrie à Mari. Les noms des villes sonnaient comme une litanie funeste : Tibalat et Ilwi, Amar et Irim, Lianium, suivis de la phrase sinistre : " des tombereaux de cadavres amassés sur tout leur territoire... ".
Les forces de Iblul II résistèrent énergiquement, mais finalement, Mari dû se rendre. Iblul II eut à payer un prodigieux tribut en or et argent. Quelques décades plus tard, il semble que Mari fut totalement vassalisée, peut-être parce qu'elle était gouvernée par Shura Damu qui était le fils d'Ebrium, qui fut sans doute le plus grand roi d'Ebla.
Pettinato apprit que les rois d'Ebla étaient oints, sacrés, comme leurs homologues de l'ancien testament lorsqu'ils montaient sur le trône et que cette nomination était élective plutôt qu'héréditaire. Ebrium fut élu pour une période de 7 ans et il gouverna pendant 28 ans. Vraisemblablement, la défaite était acceptée avec élégance, car les décrets montrent que les ex-rois conservant leur titre ancien, continuaient à percevoir leur part, bien que leur règne eût pris fin.
Les scribes enseignaient dans des villes éloignées.
Ebla joua sa destinée historique en perpétuelle interaction avec les divers royaumes de Mésopotamie, de Sumer à Babylone. Kish et Adab sont deux noms fréquemment mentionnés dans les textes d'Ebla. Selon Pettinato, les scribes d'Ebla enseignaient dans les capitales mésopotamiennes. Abu Salabikh, probablement l'Erech de la bible, avait des "relations spéciales" avec la cité syrienne. Sur les tablettes trouvées là-bas, 80 portent les noms de scribes sémites, probablement Eblaïtes. Pour comprendre Ebla, il faut aussi étudier les civilisations situées entre les deux fleuves.
L'ancienne Mésopotamie est l'actuelle Iraq, nation arabe avec une richesse pétrolière et un gouvernement socialiste très dur. Aussi loin que peut remonter la mémoire de l'homme, la terre d'entre les deux fleuves a toujours été très productrice. Il en est toujours de même aujourd'hui, mais seulement là où l'ancien système d'irrigation de la terre a été modernisé et agrandi par le gouvernement. Dans les brefs moments verdoyants du printemps, les paysans de l'arrière pays s'empressent de cueillir les récoltes de grains tendres. Des troupeaux laitiers broutent l'herbe et lorsqu'arrivent les premiers abricots, en Iraq, on en fait de délicieux sorbets. Ces fruits sont appelés, michmieh.
En dépit de cette abondance, la terre semble abandonner sa promesse. Loin des villes, le terrain est plat et monotone, il sétend vers l'horizon infiniment.
Quand j'atteignis le sud de l'Iraq, début mai, le soleil déjà très chaud fanait l'herbe et cuisait le sol. Le plein été devait connaître des températures de 60 degrés et le dur soleil qu'aucun nuage ne voilait devait achever de brûler les dernières petites touffes d'herbe.
Apre et rébarbative, cette terre façonna pourtant le destin des hommes. Les mathématiques de Sumer basées sur un système hexagésimal a sa prolongation dans nos 60 secondes équivalentes à une minute, 60 minutes à une heure, et les 360 degrés du cercle.
Les deux puissants fleuves du croissant fertile, le Tigre et l'Euphate, continuent infatigablement à rouler leurs eaux, Dieux parmi les autres fleuves.
Les dates se perdent dans la nuit des temps, mais ces fleuves nourrirent jadis le sol, quand la main d'un laboureur inconnu sema les graines de la civilisation. La rose Nipur et Kish, et UR de Chaldée, sont autant de noms qui résonnent comme le chant du berceau de l'humanité.
Mais tout cela arriva il y a bien longtemps. A présent, la terre surpeuplée, trop irriguée se mélange à la couleur kaki à l'infini. Comme les anciens royaumes qu'elle nourrit, la terre d'entre les deux fleuves a succombé au temps et à l'épuisement.
A présent, la cruauté des temps est plus manifeste que les sables submergeant les ruines de Nippur. Ce fut une cité jardin sur l'Euphrate, le centre religieux de Sumer dédié à la déité suprême, Enlil, qui fut aussi représentée dans le panthéon d'Ebla.
Mais le fleuve volage détourna sa course abandonnant Nippur au désert comme une amante délaissée.
      Traduit de l'anglais.







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